Lectures 2022
Laurent Gaudé – Le soleil des Scorta
La température adéquate pour lire ce roman qui décrit de 1870 à nos jours, la chaleur épuisante des étés dans les Pouilles, l’aridité des sols, la pauvreté qui en découle, la religion qui perturbe les pensées, la contrebande des cigarettes avec l’Albanie. Bref, la vie des habitants d’un petit village de pêcheurs qui se bat pour gagner un peu d’argent et tenter de vivre un tantinet mieux que leurs parents, qu’ils ne cesseront néanmoins de respecter. Ce village deviendra une destination balnéaire très touristique. Un peu à « la Giono » !
David Foenkinos – Numéro deux
A priori le sujet ne m’attirait pas trop (n’ayant jamais lu un Harry Potter) mais j’avais quelques heures dans le TGV et puis DF, j’aime bien alors j’ai fait confiance et j’ai bien fait ! C’est bien sûr, sur la base de faits réels, très romancé. Il en tire des personnages attachants et dont on partage aussi bien d’un côté que de l’autre l’enthousiasme, les espoirs, les angoisses.
Pour donner un aperçu : p. 30 « on dit communément que le hasard fait bien les choses, ce qui occulte totalement l’idée qu’il peut tout autant mal les faire« .
P. 59 : « … il était fasciné par la profondeur du sommeil des enfants. On pouvait leur jouer de la clarinette dans les oreilles (certes c’était plutôt rare, excepté dans les familles de pervers mélomanes), ils demeuraient enveloppés dans le caisson étanche de leur nuit. C’était peut-être ça, finalement, la plus grande force de l’enfance : ce sommeil absolu. » Bon il fait à nouveau un clin d’oeil à la Suisse… je me demande ce qu’il a pour ou contre elle ?
Agnès Martin-Lugand – Nos résiliences
Comme ses autres romans, j’ai bien apprécié celui-ci. Nos résiliences, c’est un titre qui en dit long… j’aime bien son écriture. Cet accident de moto qui manque de très très peu de bousiller totalement la vie de cet homme, de sa famille ainsi que celle de la victime, cycliste et musicienne violoniste. « Remonter la pente » sera long, douloureux et scabreux mais l’amour du couple résistera tout de même et ensemble affronteront la suite de cette nouvelle vie !
Anny Duperrey – Le Tour des arènes
J’ai acheté ce livre parce qu’il parlait de Nîmes. En son temps, j’avais lu son premier livre que j’avais apprécié, puis plus rien. Ici, l’histoire est agréablement simple, humaine et la présence des chats m’a plu. Une phrase importante dans ce livre : « Ne laisse jamais personne te dicter ta vie, petit fille. Jamais, tu m’entends! Si tu sens qu’on te pousse dans une voie qui n’est pas la tienne, tu te cabres, tu t’envoles! Comme ce cerf-volant, tiens. Moyennant quoi, tu seras la reine de ta vie! » J’aurais aimé entendre cela dans ma jeunesse… moi qui avait affiché dans ma voiture cet aimant sur lequel était écrit : « aimer ses enfants c’est leur donner à la fois des racines et des ailes » !
Leila Slimani – Chanson douce
Que dire ? je me réjouissais de lire ce petit roman ayant obtenu le Goncourt 2016 ! Ben… moi, non ! C’est bien, mais, MAIS… il manque un je ne sais quoi de consistant. A mon humble avis, parfois « ça » sonne faux et cela m’a fait l’impression d’un pull mité, il manque des mailles ! Me reste à lire d’elle la suite du Pays des autres… j’espère ne pas être déçue !
David Foenkinos – Vers la beauté
J’ai beaucoup aimé ce roman, l’écriture me ravit chaque fois. L’histoire est un peu dure mais ce fut un plaisir quand même ! D.F. a la capacité de dépeindre les attitudes, de décrire les sentiments, les états d’âme, que je trouve excellente et qui me plaît !
David Foenkinos – La délicatesse
Je pense que ce roman porte bien son titre. Bien sûr, d’aucuns préfèrent les histoires de « héros »… moi pas !
Et je vous place ici cette citation du Figaro : « Foenkinos a réussi une mission impossible: faire sourire et réfléchir avec un roman sentimental. Ses dialogues, comme les situations, sont savoureux… et délicats« .
Véronique Olmi – La nuit en vérité
L’histoire de cette (trop) jeune maman et de son fils qui compense son manque de tendresse maternelle (mais sait-on offrir ce que l’on n’a pas reçu?) en se remplissant l’estomac. Un roman dur, dur, à verser quelques larmes ! Les cauchemars ou hallucinations de cet enfant sont terrifiants et tellement douloureux. Ce qui m’a dérangée aussi est la description, à la limite du soutenable, de la scène dans une cave et qu’aussitôt dans le chapitre suivant Olmi écrit que les horribles protagonistes en auront pour le restant de leur vie à revoir ces moments de supplice infligé, qu’ils ont organisé… là, Olmi me donne l’impression d’écrire comme pour se faire pardonner de nous narrer cette horreur ! ça j’ai pas trop aimé… et puis, la fin ne me satisfait pas trop non plus, c’est un peu brouillon, à mon humble avis…p. 120 : « Le souffle de la nuit ne s’adresse pas aux gens sérieux, il vient visiter les crânes fracassés qui laissent passer les courants d’air. » Puis un passage qui malheureusement me parle tout particulièrement depuis des années, grâce à ma bru, p. 161 : « … c’était bien lui qui était visé. Il espérait passer au travers mais le monde n’est pas une passoire. Un filet aux mailles lâches. Le monde est plein de gens patients qui planifient des lynchages. » P. 201 : « (…) lorsqu’elle aurait appris et mémorisé son rôle, Enzo serait un adulte… il avait tout encaissé pendant qu’elle apprenait à être sa mère…« Ce roman m’a bouleversée.
Mathias Malzieu – Le guerrier de porcelaine
J’ai bien aimé ce livre romancé qui retrace un moment de l’enfance du père de Malzieu. Ce qui m’a un peu gênée c’est que l’on sent le décalage d’âge : son père avait je crois me souvenir 4 ans au moment des faits et Mathias en fait un garçon de 6 ou 8 ans et cela dérange un peu je trouve lorsqu’il « brode ». Néanmoins c’est tellement plein de sensibilité et d’amour que j’ai bien aimé.
Pierre Lemaitre – Au Revoir là-haut
J’ai commencé de lire ces trois livres dans le désordre puisque j’ai commencé par le dernier : (Miroir de nos peines mais je vous en ai déjà parlé), j’ai poursuivi par le dernier, mais ce n’est pas grave car ils peuvent bien se lire indépendamment l’un de l’autre… je vais attaquer celui du milieu Couleurs de l’incendie ce soir seulement ! Je pensais en avoir assez de ces histoires de guerre, de soldats dans les tranchées, de pleurs et de non retrouvailles mais c’est encore autre chose que cet « Au Revoir Là-Haut »… on lit avec grand plaisir sans se lasser ! Il y a dans tout cela l’humour de Lemaitre que j’adore, son ironie ! De ce chien qui ronge des os humains : « Jusqu’alors on lui avait jeté des pierres, on aurait dû l’abattre; être humain, voyez où ça mène ! » ou encore « … elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot » ! Enfin, j’ai beaucoup apprécié ! Quant à celui du milieu, les couleurs de l’incendie m’ont plutôt refroidie. Moins passionnant, très embrouillé mais je suis arrivée au bout en sautant quelques pages parfois !
Maïssa Bey - Bleu, blanc, vert
Bien aimé ce roman qui nous parle de trente années difficiles pour les Algérien(ne)s, soit de 1962 à 1992. Ne plus utiliser les crayons de couleur rouge est pour les écoliers de l’époque, difficile à comprendre… Cette autrice a le mérite de «parler» de l’intérieur puisqu’elle vit toujours près du Sud algérien où elle est née. Sans toutefois s’être investie en politique ni dans la vie publique autrement que par le biais des livres et de l’écriture, elle éveille une forme de sagesse, d’empathie envers celui qui pense autrement. Faire s’exprimer à tour de rôle la jeune fille, devenue femme et le jeune garçon, devenu homme et mari avocat est une technique qui m’a bien plu. Le développement de leurs conditions de vie durant ces 30 années est dur, très dur. Leur amour vacille mais ils arrivent à se rejoindre.
Philippe Besson - Les passants de Lisbonne (2016)
Quelle pudeur dans cette, pourtant franche, manière de nommer les sentiments. Une rencontre que le hasard a organisé, rencontre magique entre ces deux êtres perdus qui conduira ces malades de chagrin et d’incompréhension vers le mieux être. Magnifique !
Philippe Besson – Se résoudre aux adieux (2007)
La souffrance, le chagrin, qui dévore cette jeune femme que son amoureux a choisi d’abandonner.
De ses voyages dans différentes villes d’Europe ou d’ailleurs, elle tente de calmer cette brûlure en lui écrivant des lettres, non pas des lettres de reproches, mais elle lui parle de ce qu’elle traverse, ce dont elle se souvient d’eux. Narration pudique bien sûr et forte pourtant ! Dix ans plus tard, ou presque, Philippe Besson écrira (dans le roman ci-dessus): « on se déteste d’attendre mais c’est moins pénible que l’abandon, que la résignation totale » ! J’ai aimé son passage en p. 82 sur l’arrivée à Venise par la gare… j’ai vécu cela, au coucher du soleil plus est, magistral féérique. Quelques secondes on se croit la plus grandes des vedettes sur une scène de théâtre merveilleux, fantastique ! Et puis, p. 126 : « aimer ce n’est pas s’installer au sommet de ses certitudes… et puis, demeurer vigilant pour éviter que le poison mortel de l’habitude ne s’insinue et nous tue, ou pire, nous anesthésie… » !

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